La rentrée en 1910

Bonjour,

Dans un peu moins d'un mois c'est déjà la rentrée, aussi je vous propose aujourd'hui une petit texte sur une rentrée en 1910 :

Chacun sait que le jour de la rentrée, si l'on n'est pas au moins d'une demi-heure en avance, on est en retard. Aussi montre-t-on ce jour-là, au déjeuner, peu d'appétit mais beaucoup d'impatience. Il est rare qu'on prenne du dessert. 

On a généralement une "serviette" neuve. Comme elle est en phoque, elle sent très mauvais une odeur de cambouis et d'huile de foie de-morue. Dans cette serviette, il y a du papier, un porte-plume et des plumes. Le porte-plume est en citronnier les plumes en or. Car un bon ouvrier doit avoir de bons outils. 

On franchit la porte du lycée d'un pas résolu, grave et mesuré. 

L'instant est solennel, en effet on vient «se constituer prisonnier » pour un an. 

Dans la cour sont réunis d'autres « prisonniers ». L'arrivée d'un nouveau les remplit d'aise. Il semble qu'au spectacle de son infortune, ils oublient la leur. Et tout de suite on cause :

« Chez qui es-tu ? » 

Cette question, qu'on entend de tous côtés, présente pour les bûcheurs et les cancres le même intérêt. Encore que ce soit pour des raisons très différentes. Les uns prennent avec un déplaisir mal déguisé le nom de leurs, concurrents les autres, avec une joie coupable, celui de leurs complices. 

Il est une autre chose aussi qu'il faut savoir l'emploi du temps. Au fond, ça vous est tout à fait égal qu'on ait chimie le lundi, le mardi ou le mercredi, à la fin de la semaine on aura travaillé tout autant. 

Cependant, comme c'est l'usage, on attache une extrême importance à ces détails insignifiants. 

A deux heures moins cinq le tambour roule, il fait un vacarme assourdissant ce jour-là. Le concierge qui tient les baguettes a, en effet, une peau neuve (à son tambour, naturellement). 

On se dirige en toute hâte vers la classe, car on tient à choisir sa place. 

Les derniers rangs, d'ordinaire, sont très recherchés. On les appelle assez communément le dortoir. Je crois inutile d'expliquer pourquoi. 

Le professeur entre. On le connaît depuis longtemps pour l'avoir rencontré maintes fois dans la cour. Cependant il vous parait différent. Il a mis une redingote et un chapeau de haute forme. Il s'est composé, lui aussi, une figure de circonstance. 

La première occupation la seule d'ailleurs de la journée consiste à donner son nom. Les professeurs exigeants vous prient d'y joindre votre prénom. On apprend alors que Bertrand s'appelle Sosthéne et Dubois Zéphirin. Quelquefois l'interrogation 6e complique il faut dire si l'on a eu des prix. On trouve souvent alors que le professeur devient indiscret. 

Quand il a terminé son enquête, le professeur fait à ses disciples un petit discours. Il leur annonce qu'il sera pour eux un père mais il observe sans plus tarder que « qui aime bien châtie bien ». 

Aussitôt les figures qui s'étaient épanouies s'allongent. Il leur rend leur forme naturelle en s'affirmant « persuadé qu'il n'aura point à sévir ». 

Et puis c'est tout. Il reste pourtant vingt minutes à "tuer". Le professeur pose des questions, à droite à gauche. Les bons élèves, avec effroi, s'aperçoivent qu'ils ont oublié bien des choses. 

Les mauvais ignorent cet effroi. Tout au plus s'apercevraient-ils qu'ils n'ont rien appris. A quatre heures, on court chez le libraire. On a déjà des tas de livres à acheter. Malheureusement des camarades sont comme vous. Si bien que la boutique est envahie et que le libraire, affolé, tend une grammaire latine à celui qui, depuis une heure, lui réclame un lexique allemand. 

Le soir, on regarde ses livres. Ils sentent la colle. Quand on les ouvre, le dos gémit. Ce jour-là, on a pour eux de la sympathie c'est qu'on n'a pas encore de leçons à apprendre. 

En vidant sa serviette, on découvre deux larges taches noires sur le cuir fauve on avait trop rempli son encrier il a suinté. On a beau répandre des torrents de larmes, l'encre est garantie "inaltérable". 

On a très faim au dîner. D'abord, parce que on a très mal déjeuner, ensuite parce que toutes ces émotions vous ont "creusé". On parle beaucoup. On dit ses espoirs et ses craintes. En sorte qu'au dessert on s'endort. 

Demain, il faudra se lever à sept heures. On se couche donc. Tout de même on a le cœur un peu gros. Avant de s'endormir, on a la vision d'un sable jaune où votre imagination déjà construit de nouveaux châteaux.


(D'aprés Maxime Girard, dans le supplément jeunesse illustré du Figaro du 13 octobre 1910)

Bon courage !
Alexis

 

Adolphe AMAND et Antoinette BROUETTE

Adolphe AMAND voit le jour le jeudi 9 août 1855 à Elouges (Belgique). Il est le fils légitime de Adolphe AMAND, Mineur, âgé de 21 ans et de Marie Reine VALLEE, âgée de 22 ans. A sa naissance, il a plusieurs soeurs : Rosa (née en 1852), Adolphine (née en 1853). Il sera mineur.

acte de naissance d'Adolphe AMAND

Il s'unit avec Antoinette BROUETTE, elle est née le samedi 4 novembre 1854 à Dour en Belgique. Elle est la fille légitime de Antoine BROUETTE, âgé de 28 ans et de Célénie Adeline RENARD, âgée de 26 ans.

BROUET est un nom surtout porté dans les Ardennes. M.T. MORLET y voit un consommateur de brouet (sorte de potage). C'est possible, mais c'est loin d'être une évidence. Il faut de toute façon envisager un rapprochement avec BROUETTE (80), sachant qu'en ancien picard les formes apparemment masculines ou féminines sont interchangeables. Donc, dans les deux cas, il faut aussi penser à un conducteur de brouette (char à deux roues).

Ce couple aura sept enfants :

  • Le 23 janvier 1876 naît sa fille Marie.
  • Le 27 août 1877 naît son fils Adolphe.
  • Le 23 janvier 1880 naît sa fille Antoinette.
  • Le 11 février 1883 naît sa fille Rosa.
  • Le 29 février 1888 naît sa fille Marie.
  • Le 17 octobre 1890 naît son fils Henri.
  • Adolphine née en 1893.

Adolphe AMAND est décédé le mercredi 11 janvier 1893, à l'âge de 37 ans, à Quiévrechain (59920) - Nord.

acte de décès d'adolphe AMAND

Mis à jour ( Mercredi, 18 Août 2010 19:12 )

 

Appel du 18 juin

Actualité oblige, je me devais de rendre hommage à tous les français qui ont décidé, ce jour là, de ne pas rendre les armes.

De Gaulle arrive à Londres le 17 juin 1940 avec l'intention de négocier avec les Britanniques, alliés de la France, la poursuite de la guerre, après avoir exposé son plan à Paul Reynaud. Il rencontre le Premier ministre britannique, Winston Churchill, dans l'après-midi. De Gaulle expose son projet de maintenir la France dans le combat même en cas de capitulation du gouvernement installé à Bordeaux. Il émet le souhait de pouvoir s'exprimer à la radio dès que la nouvelle de la capitulation tombera. Churchill donne son accord de principe et met à disposition la BBC.

Dans la soirée du 17, l'écho du discours du maréchal Pétain, nouveau chef du gouvernement français, parvient à Londres. Ce dernier annonce son intention de demander à l'ennemi la signature d'un armistice. Churchill et de Gaulle conviennent dès lors que le second s'exprimera dès le lendemain sur les ondes.

De Gaulle lit son discours sur les antennes de la BBC à 18 heures, heure locale, le 18 juin 1940. C'est un appel à la poursuite du combat aux côtés des alliés britanniques. Pour le général de Gaulle, la bataille de France, qui vient certes d'être gagnée par les Allemands, ne signifie pas la fin de la guerre. Car « cette guerre est une guerre mondiale » et la France pourra s'appuyer sur la force industrielle de ses alliés et notamment celle des États-Unis. S'adressant aux soldats français, ce message d'espoir se termine par un appel à la « résistance », dont la flamme « ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas », faisant entrer le terme dans le vocabulaire politique du XXe siècle.

Pour autant, contrairement à une idée courante, l'appel du 18 Juin n'est pas une invitation à constituer des réseaux de résistance sur le territoire français. En militaire, de Gaulle s'adresse avant tout, et de manière explicite, aux militaires (officiers et soldats) et aux spécialistes des industries de l'armement (ingénieurs et ouvriers).

L'appel du 18 Juin marque néanmoins le début de la France libre qui, formée uniquement de volontaires (au début très peu nombreux), poursuit le combat sur terre, sur mer et dans les airs auprès des Britanniques et représente, face au régime de Vichy, la France qui se bat.

Voici le texte de l'Appel du 18 juin :

Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l’ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des États-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres.

 

 

 

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